Elise Bussaglia : « Les autres nous craignent mais nous n’avons encore rien fait »

EXCLU GOAL – Nouvelle joueuse du FC Barcelone, Elise Bussaglia espère un premier grand titre avec les Bleus avant d’entamer son aventure en Catalogne.

Avec 170 sélections au compteur, Elise Bussaglia est l’un des piliers de l’équipe de France féminine qui a entamé sa préparation de l’Euro (16 juillet – 6 août) sur les terrains de Clairefontaine. Alors qu’elle vient de s’engager avec le FC Barcelone, l’ancienne joueuse de l’OL et du PSG espère faire profiter de son expérience aux jeunes pousses des Bleues pour aller chercher un premier titre majeur.

Qu’avez-vous en tête au moment de repartir sur la préparation d’un grand tournoi ici à Clairefontaine ? 

Elise Bussaglia : C’est toujours une grande joie de retrouver Clairefontaine et ce groupe. C’est le même plaisir à chaque fois mais pour une grande compétition, c’est décuplé. Les émotions sont encore plus fortes. C’est aussi une fierté d’être appelée. On a entamé la préparation maintenant, on avance et tout va bien. 

Cela fait 14 ans que vous êtes en équipe de France…

(Elle coupe). C’est assez énorme… C’est un signe de longévité et ça prouve que j’ai travaillé pour rester là. Ce n’est pas évident, il y a toujours plus de concurrence et je sais qu’il y a beaucoup de jeunes joueuses qui aimeraient être à ma place. J’essaye toujours d’aider l’équipe, je l’ai fait d’une manière différente tout au long de ces 14 ans mais avec l’expérience je crois que je peux apporter encore plus. 

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Comment jugez-vous l’évolution de l’équipe de France depuis toutes ces années ? 

Il y a pas mal de choses qui ont changé. Le plaisir de jouer au foot est le même mais c’est beaucoup plus professionnel qu’avant. Dans tout ce qui est préparation et détails des performances, on a beaucoup progressé. Au contact des différents staffs et des personnes qui se sont ajoutées comme les kinés, les ostéopathes, les préparateurs athlétiques, ça nous a permis d’évoluer. Tout le football féminin français en a bénéficié et c’est forcément une bonne chose pour l’équipe de France. 

Beaucoup de gens pensaient que l’équipe de France aurait sa consécration sous l’ère Bini. Où vous situez-vous désormais dans la hiérarchie mondiale ?

Il y a eu un grand tournant avec la Coupe du monde 2011 où personne ne nous attendait et où on aurait même pu faire quelque chose de plus grand. Ensuite il y a eu les Jeux Olympiques qui ont laissé un goût amer. On est beaucoup plus reconnues qu’avant au niveau international. On sait que les autres équipes nous craignent mais nous n’avons encore rien fait. On part avec beaucoup d’humilité parce qu’on n’a rien gagné. Nos concurrents comme l’Allemagne ou les pays nordiques ont déjà gagné plusieurs fois. 


« Il faut oublier ce qu’on apprend en club pour avoir toutes le même langage en Bleu »


Comment se passe le mix générationnel en équipe de France ? 

Très bien ! On passe de bons moments ensemble. On rigole bien. Nous, les plus anciennes, on a un peu ce rôle de transmission. On donne des conseils sur les erreurs à éviter, sur l’hygiène de vie, la prévention des blessures… Les jeunes arrivent avec beaucoup de fougue et d’insouciance, ça fait du bien. On a trouvé un bon équilibre dans l’équipe. Parfois on n’a pas tout à fait le même vocabulaire (rires), mais ça on s’en amuse. Parfois Camille (Abily) reprend les plus jeunes en disant  ‘wesh, ce n’est pas un mot qu’on veut entendre!’, mais ce sont des petites choses qui nous font rire. 

Qui sont les grands talents du futur pour cette génération ?

Franchement il y a beaucoup de talents, c’est difficile d’en sortir une ou deux. J’aurais envie de mettre en avant une fille comme Eve Périsset. On ne parlera peut-être pas d’elle en terme de talent pur, mais c’est une bosseuse. À chaque fois, avec l’équipe de France ou le PSG, elle a toujours su élever son niveau de jeu. Je voyais cette petite bosser à Lyon et à force de travail elle a été récompensée. Je la mets en avant parce que c’est un exemple à suivre en matière d’écoute et de travail.

Vous êtes la seule joueuse avec Amandine Henry à évoluer à l’étranger. Qu’est-ce que cela vous a apporté et est-ce que cela joue vis-à-vis du groupe ?

Ça joue dans le sens où je réponds à des questions. Elles sont curieuses de savoir comment ça se passe à l’étranger. Ça m’a beaucoup apporté de voir comment les Allemandes travaillent, comment elles conçoivent le jeu. En France on a une vision tactique particulière, on aime la possession de balle, les redoublements de passes, maîtriser le match en construisant. Les Allemandes ont plus un jeu direct fait de différences individuelles. C’est intéressant de voir plusieurs choses pour piocher dans ce qui se fait de bien ailleurs, dans le foot, l’alimentation, le mode de vie… 

Avez-vous noté des différences dans le fonctionnement des clubs ? 

Oui, il y a des différences mais pour ne citer que le PSG et l’OL, ce sont deux clubs qui sont très structurés. Je pense que les 10 ou 12 meilleurs clubs européens n’ont rien à envier les uns aux autres en termes de structures. Après, je viens de signer à Barcelone, je n’ai pas encore tout vu mais de ce que j’ai pu voir ça m’a l’air d’être un autre monde ! 

Elise Bussaglia

Le football français domine en club en Europe mais cela ne se transpose pas en Bleu. Pourquoi ? 

En clubs il y a des étrangères qui apportent une plus value qu’on ne peut pas vraiment quantifier. L’OL est un exemple à suivre parce qu’en termes de résultats c’est incroyable. Il faut qu’on arrive à s’en inspirer avec l’équipe de France. C’est difficile parce que les philosophies de jeu sont différentes, les joueuses aussi… Il faut oublier ce qu’on apprend en club pour avoir toutes le même langage en Bleu. 

Conseilleriez-vous aux jeunes joueuses françaises de tenter l’aventure à l’étranger plus tôt dans la carrière ?

Je trouve qu’en France le championnat progresse d’années en années. Mais dans une carrière, c’est toujours intéressant d’aller voir ce qui se passe à l’étranger, aussi bien du point de vue sportif que pour la vie de femme. Je n’ai pas encore vu une joueuse regretter son aventure à l’étranger. Je ne conseillerai pas aux jeunes de partir mais d’avoir un plan et y aller étape par étape. Sortir de son cocon, se mettre en danger parce que c’est aussi dans l’adversité qu’on se construit. 

Qu’est-ce qui vous a poussé à rejoindre le FC Barcelone ? 

Barcelone est un club mythique. C’est un des meilleurs clubs au monde si ce n’est le meilleur. J’adore le jeu du Barça, j’ai toujours admiré des joueurs comme Iniesta ou Xavi. Je parle des hommes parce que c’est facile de transposer. Il y a une identité propre et que ce soit chez les hommes, les femmes ou la Masia, tout le monde joue de la même manière. Je me retrouve dans cette philosophie et j’ai vraiment envie de voir comment on la travaille, quels sont les exercices pratiqués à l’entraînement pour avoir cette maîtrise collective. Porter le maillot blaugrana est un rêve, je n’ai pas hésité une seule seconde. 

Rassurez-nous, vous n’avez pas récemment eu Marco Verratti au téléphone ?

Non, pas du tout ! (Rires) Je ne le connais pas, je ne sais pas ce qui se passera pour lui mais aujourd’hui je suis Barcelonaise et je souhaite donc le meilleur pour le FC Barcelone. 

N’y a-t-il pas un écart entre le FC Barcelone et le Paris Saint-Germain en terme de niveau ?

Paris a un temps d’avance par rapport à une équipe comme le Barça qui se contruit. C’est une équipe en devenir mais comme beaucoup en Europe. Manchester City ou Chelsea se structurent et veulent concurrencer l’ogre lyonnais. C’est un challenge intéressant pour moi de rentrer dans ce projet, les choses peuvent aller très vite dans le football féminin et Barcelone va se donner les moyens d’y arriver. 

Votre parcours est très riche, pensez-vous déjà à l’après-carrière et à une éventuelle manière de partager votre expérience ?

J’ai fait ma formation pour être institutrice. Je suis en disponibilité donc dès la fin de ma carrière je reviendrai sur le chemin de l’école. Le football, c’est ma passion donc je ne me vois pas le quitter totalement et j’aime aussi transmettre. Je pense qu’à un moment donné j’aurais à charge une équipe. Est-ce que ce sera les U6 d’une petite ville ou à plus haut niveau, je n’en sais rien. Mais je resterai dans le foot.

Propos reccueillis par Julien Quelen, à Clairefontaine. 

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