De Sochaux au folklore bulgare, Petrus Boumal a bien grandi

En contacts avec plusieurs formations françaises cet été, Petrus Boumal s’est construit un parcours riche en aventures et rebondissements. Portrait.

C’est un récit qui aurait autant sa place dans un roman sur le football que dans un film d’action. L’aventure de Petrus Boumal en Bulgarie mêle à la fois le football et les anecdotes pas toujours racontables. Lors de notre entretien de plus d’une heure avec l’ancien Sochalien, l’esprit avait tendance à se promener des terrains de foot à l’imaginaire collectif sur les romans d’espionnage. Dans une zone géographique où les fantasmes politiques et sociaux découlés du communisme sont encore légion, l’Histoire de Petrus Boumal n’a rien d’une félicité. Lui voit cette étape comme un simple élément de son parcours, certes pas linéaire mais lui ayant permis de se construire comme footballeur. Rencontre avec un joueur que l’on pourrait bien recroiser sur les pelouses françaises la saison prochaine.

Mercato d’été 2017 : tous les transferts officialisés (montants, durée de contrat…)

Avant de se retrouver à 2000 kms de la France, Petrus Boumal a bien cru que sa carrière ne décollerait finalement pas. Après avoir été formé au FC Sochaux et avoir débuté en équipe première avec Francis Gillot, le milieu de terrain s’est retrouvé sans club. « Quand je pars de Sochaux en 2014 c’est que je suis mal conseillé , raconte Boumal. On descend en Ligue 2, j’ai des offres d’Angleterre en Championship, donc je fais confiance à mon conseiller à ce moment-là (Jean-Christophe Cano, ndlr) . Je décide donc de ne pas prolonger à Sochaux mais je fais la reprise avec eux pour garder la forme et derrière, je n’ai plus de nouvelles de cet agent, avec qui je devais signer un mandat à ce moment-là et avec qui je travaillais officieusement car on se voyait souvent. »  Avant même de raconter la suite, l’ex-Sochalien saisait l’opportunité et délivre son message pour les jeunes joueurs actuels : « ne croyez pas aux fausses promesses, si vous vous sentez bien dans un club, restez-y. »

La suite, c’est une rencontre au hasard alors que le joueur tente de se remonter le moral lors d’un week-end dans la région marseillaise.  » Il me dit travailler avec des clubs dans les pays de l’Est, me demande si cela m’intéresse et je lui réponds que oui , récite le Camerounais. J’avais trop peur de rester sans club. Il me parle alors d’un intérêt d’un club bulgare (le Litex Lovetch), je vais donc dans ce pays, je reste quelques jours, je prends des renseignements auprès de Maxime Josse qui avait joué là-bas, qui me rassure sur plein d’éléments dont le versement régulier des salaires, et puis j’accepte. » Le football bulgare ne ressemble en rien à la passion anglaise mais Petrus Boumal s’en accomode. Direction donc Lovetch, cité de moins de 50 000 habitants à 200 kms à l’Est de Sofia. Un saut dans l’inconnu et un sursaut sportif espéré.

Boycott de match et relégation

Alors que Francis Gillot l’avait fait débuter comme latéral gauche, Petrus Boumal retrouve son poste de prédilection (milieu devant la défense) en Bulgarie. Il est titulaire, fait ses matches, se montre performant et joue même en Europa League. Il retrouve le sourire pendant une saison et demie mais va aussitôt le perdre. Dans un scénario que seuls certains pays peuvent nous offrir, le Litex Lovetch se retrouve relégué administrativement en deuxième division. Un an et demi après les faits, Petrus Boumal ne comprend toujours pas :  « Lors d’un match contre le Levski Sofia, notre plus gros rival, deux de nos joueurs sont expulsés en première mi-temps. On mène quand même 1-0 et pour protester contre l’arbitrage, le directeur sportif rentre sur le terrain et nous demande de sortir, de ne plus jouer ce match. On sort donc du terrain. Et quelques semaines plus tard, la fédération nous relègue en deuxième division. Je n’ai jamais compris cette sanction. »

Relégué alors en deuxième division, le club qui ne peut plus compter sur le soutien de Grisha Ganchev, son sulfureux président et propriétaire, contraint à l’exil à la fin des années 90 et entrepreneur à succès au sortir de l’ère communiste, subit un coup d’arrêt brutal dans son ascension dans le panorama du foot bulgare. Parti de rien, le Litex avait remporté quatre titres de champion de Bulgarie. Relégué, Boumal ne se voit pas rester. « Je vais alors voir le président, et je lui dis que je veux partir, car jouer en deuxième division ne m’intéresse pas , affirme-t-il. Le président me dit qu’en cas d’offre il me laissera partir. Malines et La Gantoise font des offres de 250 000 euros mais le président refuse. Corinne Diacre (entraîneur de Clermont-Ferrand) m’a ppelle alors pour me dire qu’ils n’ont pas les moyens de payer un transfert mais un prêt payant avec une option d’achat est envisageable. Donc je pousse auprès du club, je reviens en France pour leur mettre la pression pendant deux ou trois semaines mais les dirigeants ne cèdent pas. Je reste donc pour jouer en D2 Bulgare. Je me résigne en me disant que de toute façon c’est mon parcours et c’est comme ça, il n’est pas linéaire. »

Petrus Boumal Sochaux Ligue 1 James Rodriguez

Transféré sans même être au courant

Dans ce film d’aventure des trois années bulgares de Boumal, il n’y a pas de repos durable. Un nouveau rebondissement a lieu lors de l’été 2016. Alors en vacances en Thaïlande, il apprend qu’il est transféré au CSKA Sofia. Un transfert – sans que le joueur ne soit au courant – qui s’explique par l’arrivée un an plus tôt au CSKA de Grisha Ganchev à la tête du club alors en proie à de grosses difficultés financières. Les deux clubs fusionnent après la saison 2015-2016 et tous les joueurs passent sous l’égide de l’ancien patron du Litex. « Franchement, au début, je n’y crois pas quand on m’annonce mon transfert alors que je ne suis pas du tout informé, ne serait-ce que des discussions , raconte avec un grand sourire le milieu de terrain. Donc je coupe mes vacances, je vais à Sofia, le président me dit qu’ici (en Bulgarie) c’est comme ça. C’était les mêmes conditions, et donc là je demande à renégocier, et je signe un nouveau contrat d’un an en juin 2016, plus un an en option que le club devait lever avant le 30 avril 2017. »

Menaces, visites au domicile et faux contrat

Ce même 30 avril, les dirigeants du CSKA font l’erreur de ne pas lever l’option d’achat. Petrus Boumal saisit cette opportunité : « Je signale donc ça à la fédération et à la FIFA qui me répondent que je suis donc libre de m’engager avec qui je veux à l’issue de la saison. » Et là, ce n’est plus la même histoire. Frustrés par leur négligence, les dirigeants du CSKA font tout pour convaincre le joueur de rester. Quitte à dépasser les limites de l’acceptable. « Je reçois des appels, des lettres, on me menace, ma femme également, je lui dis alors de rentrer en France… ils viennent chez moi, on m’a menacé de me briser les jambes, ils ont même fait un faux contrat avec une fausse signature, que j’ai signalé à la fédération bulgare via un notaire , témoigne le joueur de 24 ans.  On me disait que je ne pourrai pas sortir du pays, car j’étais leur meilleur joueur et qu’il était impossible vis-à-vis des supporters de me laisser partir libre. Je donne alors tous mes papiers à un ami là-bas et je sors finalement tranquillement du pays en fin de saison. »

Encore aujourd’hui, les dirigeants entretiennent le flou quant à la situation de leur joueur auprès de leurs supporters. Petrus Boumal se plait à raconter cette anecdote : « Encore aujourd’hui, les dirigeants n’ont pas dit que j’étais parti, ils disent que c’est un contretemps avant que je revienne. Les supporters m’en parlent sur les réseaux sociaux. »  

Malgré tout, une expérience formatrice

En dépit de toutes ces aventures et de cette fin chaotique, le milieu camerounais ne regrette pas son passage en Bulgarie. D’abord, car il a quelque part sauvé sa carrière, et ensuite parce qu’il a progressé et mûri plus rapidement qu’ailleurs. « J’ai progressé tactiquement, notamment grâce à Liouboslav Penev, l’ancien joueur de Valence et l’Atlético qui a été mon entraîneur , explique-t-il C’est un championnat plus fermé, le jeu est arrêté sans cesse, il y a plein de fautes. J’aime bien toucher le ballon et j’ai été servi, il m’a aidé à progresser. J’ai pris confiance, je prends plus de responsabilités sur le terrain. Je sais que je suis sans doute parti trop tôt, mais ça m’a servi sur de nombreux points. Cela m’a aussi fait comprendre les exigences du haut niveau et la discipline quotidienne. J’ai gagné en maturité. »

En contacts avancés avec Dijon (contre qui il a débuté en Ligue 1 le 3 décembre 2011) et d’autres formations en France et à l’étranger, il se donne encore une dizaine de jours pour décider de sa nouvelle destination.  » J’ai des offres , martèle-t-il. Je veux un vrai projet sportif, qui me permette aussi de continuer à postuler pour la sélection camerounaise (il faisait partie des 30 présélectionnés pour la Coupe des confédérations). C’est d’ailleurs l’un de mes rêves de porter le maillot de mon pays, cela rendrait mes parents très heureux. » Un retour en France n’est donc pas à exclure. Son expérience à Sochaux lui a laissé un goût d’inachevé.  » J’ai commencé comme latéral gauche à Sochaux alors que j’étais un vrai milieu défensif , concède-t-il. J’ai aussi dépanné latéral droit. Francis Gillot était l’entraîneur de Sochaux. Je ne me sentais pas à l’aise à ce poste. Moi, ma polyvalence m’a joué des tours, car je voulais juste jouer, j’étais jeune et je ne voulais rien dire. C’était l’époque de Kevin Anin, Marvin Martin, Ryad Boudebouz, et le milieu était un peu bouché au début. Mais après j’aurais aimé avoir ma chance. Quand Hervé Renard m’a mis milieu défensif, lui m’a dit que j’avais les qualités pour jouer à ce poste. »

Désormais, Petrus Boumal aspire à un peu plus de normalité. Après une expérience très riche en tous genres en Bulgarie, « où il y a des matches, c’est suspect, une frappe un peu molle, le gardien fait une énorme bourde… ou la veille d’un match, les 3 meilleurs joueurs d’une équipe se blessent mystérieusement » , il veut juste jouer au poste où il s’est révélé, et faire sa petite vie. La reprendre là où il l’avait quittée, en juillet 2014.

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